La raison des fleurs
  • Éditeur québécois

Pendant des années j’ai été hanté par les vagues, le ressac, le souvenir d’un corps happé par le fond des eaux. Je cherchais à épuiser une scène dont je n’arrivais pas à revenir. J’ai ainsi habité un rêve qui ne m’appartenait pas, une photographie prise dans les années cinquante, puis oubliée ou perdue avant d’être développée. Quelqu’un en a découvert le négatif par hasard dans une brocante un demi-siècle plus tard. Une femme se tient debout sur la plage. Le soleil tombe, l’horizon est bleu, rose, mauve. La mer roule à ses pieds. La femme regarde au loin. C’est à peine si on voit le profil de son visage. Ce n’est pas vraiment une réponse. C’est une fiction de la disparition, une enquête sur le silence de quelques images que je traîne depuis trop longtemps. C’est un requiem : un chant qui ouvre le calme pour les morts et les vivants.

C’est la logique de l’encre poussée à sa vraie limite de chose vraie.