Espèces
  • Éditeur québécois

Quel soulagement de n’avoir plus rien à faire que de jouer, de contempler, de paresser, de faire une sieste à midi, de vivre comme au commencement de la vie et aussi comme à la fin du monde, sans projet d’aucune sorte, sans jamais de hâte, l’air clochard, dans l’abandon, dans le présent uniquement. Je suis convaincue que je suis en train de vivre la meilleure de toutes mes existences. Votre mari s’intéresse à une jeune femme qu’il voit tous les jours au bureau. L’enfant qui était apparu inopinément à votre porte est disparu aussi rapidement et inexplicablement. Maintenant que les rôles d’épouse et de mère n’ont plus aucun sens pour vous, pourquoi ne pas vous la couler douce ? Pourquoi ne pas passer vos après-midi dans un fauteuil, à surveiller la lumière qui poudroie à la fenêtre, le tremblement des feuilles dans les arbres ? Pourquoi ne pas occuper vos nuits à vous balader en toute liberté pendant que tout le monde dort ? Pourquoi ne pas éprouver la plus grande indifférence devant le passé comme devant l’avenir ? Pourquoi donc ne pas tout simplement mener la vie d’une chatte qui partage la maison de son maître sans être troublée par tout ce qui inquiète habituellement les humains ? C’est littéralement ce qui se produit chez la protagoniste de ce roman, soudain métamorphosée en chatte sans que cela suscite trop d’émoi autour d’elle. Avec une ironie mordante, en poussant jusqu’à l’absurde les règles qui régissent nos vies, Ying Chen réussit à nous faire toucher ce qui se trouve au cœur de toute vie.